jeudi 1 septembre 2011

Remue-méninges

De retour du Remue-méninges qui s'est tenu à Grenoble du 25 au 28 août, je vous invite à lire ces deux articles de Michel Soudais, journaliste à Politis rendant compte de ce qu'il y a vu ainsi que de ce qui s'est passé aux universités d'été du PS et d'EE-LV.
Pour nous aussi c'est la rentrée et le Comité Saintonge du Parti de Gauche tient une réunion publique ce lundi 5 septembre à la salle Saintonge de Saintes à 18h30. Nous la consacrerons pour l'essentiel à la préparation des Assemblées citoyennes qui seront un des principaux moyens de la campagne du Front de Gauche. Vous y êtes cordialement invités.
Jean-Yves Boiffier


Jean-Luc Mélenchon au Remues-méninges
Initié par le PG mais élargi à cinq organisations, le Remue-méninges a été le théâtre d’une soixantaine de débats sur les sujets les plus divers.
Tout autour des tables de la librairie dressée, en plein air, devant l’entrée de l’université Stendhal de Grenoble, des lecteurs se pressent, avides de nourritures intellectuelles. Nous sommes au Remue-méninges. Pour la troisième édition de son rendez-vous estival, le Parti de gauche avait décidé d’en ouvrir l’organisation aux formations engagées à ses côtés dans la campagne présidentielle : le PCF, la Gauche unitaire, mais aussi la Fase, Convergence et alternatives, et République et socialisme.
Au moment où le Front de gauche s’élargit, l’objectif était de renforcer les liens entre militants et groupes politiques, journaux et revues, intellectuels, militants du mouvement social qui se situent dans l’espace politique du rassemblement. Et de montrer que ce dernier n’est pas seulement un fait électoral. Un pari en grande partie atteint.

Si des communistes étaient bien présents sur le campus grenoblois, le PCF n’avait pu décommander son université d’été, qui se tenait parallèlement aux Karellis, une station savoyarde dédiée au tourisme social, à 120 km de là. Jean-Luc Mélenchon s’y est rendu dès vendredi après-midi pour y prononcer son premier discours devant des militants communistes depuis sa désignation comme candidat commun du Front de gauche en juin. Et clore symboliquement cette séquence, en présence d’André Chassaigne, son challenger malheureux, qui sera à ses côtés dans la campagne. Pierre Laurent a fait, lui, le voyage en sens inverse dimanche pour participer au meeting de clôture de ce Remue-méninges, qui n’aura jamais aussi bien porté son nom.
Samedi, on se pressait à l’atelier organisé par le Sarkophage, où Paul Ariès différenciait la gratuité qui accompagne le système en aidant ceux qui n’ont pas les moyens de consommer et la gratuité qui émancipe ; une gratuité dont plusieurs intervenants devaient montrer qu’elle peut être un instrument de transformation de la société et de réponse à la crise environnementale.
Petite roue de la fortune

Grosse affluence aussi dans l’amphi voisin, où Michel Husson, Stéphanie Treillet et Jacques Généreux interrogeaient la possibilité de réformer l’euro. Dans des salles plus modestes, les conditions d’une transition écologique et sociale de l’agriculture ou les politiques familiales et les nouvelles parentalités, ou bien encore la question des rapports du syndicalisme et de la politique, étaient âprement débattues…

Une bonne dizaine de tables rondes et d’ateliers se tenaient ainsi trois fois par jour en parallèle. Un rythme qui n’a pas empêché les participants de poursuivre les discussions à la cafétéria estudiantine.

Très suivis aussi, les débats sur le Front national ou la gestion publique de l’eau, avec notamment l’exemple de la ville de Grenoble expliqué par le président de sa régie, Éric Grasset, et celui de la communauté des Lacs de l’Essonne, présidée par Gabriel Amard (PG), qui a fait dire à Jean-Luc Touly, spécialiste de ce dossier et conseiller régional EELV d’Île-de-France, que le PG est plus avancé sur la question de la gestion de l’eau que son parti.
Le soir, ça continue ! Vendredi, les militants du Parti de gauche se sont risqués à jouer une pièce de théâtre de Frédéric Lordon, écrite au printemps, sur la crise financière. Exercice délicat puisque l’économiste, qu’on ne connaissait pas sous cet angle facétieux, a écrit sa comédie sur le monde de la finance, la perfidie des banquiers, leur collusion avec le pouvoir en… alexandrins.
Au terme du week-end, plusieurs invités (syndicaliste, associatif ou politique) extérieurs au Front de gauche confiaient n’avoir pas vu autant de militants du mouvement social depuis longtemps. Si les très nombreux débats n’ont pas tous permis de formuler des propositions précises destinées à intégrer le programme du Front de gauche, dont la publication est annoncée pour la Fête de l’Huma (sans que cette publication l’empêche d’évoluer au cours de la campagne), ils ont renoué avec la tradition des « débats ouverts », se félicitent les organisateurs.


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Arrivée de Pierre Laurent au meeting, accueilli par Eric Coquerel
L’aggravation de la situation économique et les réponses à y apporter étaient au centre des préoccupations des universités des partis de gauche et écologiste. Les réponses divergent mais les socialistes, d’ores et déjà, ne contestent pas la « règle d’or » fixant à 3 % le montant du déficit public.
La Rochelle et les petits jeux médiatiques inhérents à la primaire qu’organise le PS pour désigner son candidat auraient presque fait oublier l’aggravation de la crise et la hausse du chômage. Le temps d’un week-end, il aura essentiellement été question dans les médias des difficultés des socialistes à s’entendre pour figurer sur une « photo de famille », de la bise de Martine Aubry à François Hollande, de l’avance de ce dernier dans les sondages et de la détermination de la maire de Lille à combler son retard, des petites phrases des uns et des autres… Comme si l’affrontement de casting submergeait tout, alors que la crise économique polarise tous les débats en imposant son calendrier.

La chute des marchés, la crise des dettes souveraines et la menace des agences de notation ont contraint le PS à réviser en plein été son programme adopté au printemps, pour accepter l’objectif d’un retour à 3 % du déficit public dès 2013. Et à redéfinir les marges de manœuvre avec lesquelles il prévoyait de rééquilibrer les finances publiques, relancer la croissance et réduire les inégalités.

Avant de se retrouver à La Rochelle, les socialistes avaient tenu trois jours plus tôt un bureau national extraordinaire. Il s’agissait de mettre au point une réponse collective après plusieurs semaines d’improvisations durant lesquelles les candidats à la primaire, sommés par le gouvernement de se prononcer sur la « règle d’or », ont répondu en ordre dispersé.

Une salle comble et enthousiaste
Dans une déclaration diffusée à l’issue de cette réunion, le PS rejette la « prétendue règle d’or » de Nicolas Sarkozy assurant qu’elle « ne règle rien pour réduire aujourd’hui les déficits puisqu’elle ne s’applique pas au gouvernement actuel » et « ne porte aucune solution pour l’avenir tant elle est facile à contourner ».
Même les piètres exégètes auront compris que les socialistes ne contestent pas le principe d’une telle règle, mais uniquement son inapplication immédiate et le fait qu’elle ne soit pas assez stricte. « On ne règle pas des problèmes massifs de déficit avec des textes mais avec des politiques », poursuit d’ailleurs le texte de cette déclaration.

Sur ce terrain, les candidats ont tendance à rivaliser en renchérissant sur les gages donnés aux marchés et aux agences de notation. Dans cet exercice, Manuels Valls se distingue. Favorable à l’instauration d’une forme de TVA sociale, le député-maire d’Évry estime que « toutes les marges de manœuvre doivent servir à la réduction des déficits et au désendettement ». Quand Martine Aubry et François Hollande préconisent de n’y consacrer que la moitié de ces marges, l’autre partie devant aller à des investissements destinés à relancer la croissance.

Ce qui n’exclut pas des mesures drastiques. Interrogée sur l’Éducation nationale par des lecteurs du Parisien (25 août), la maire de Lille, tout en assurant qu’« il faut arrêter de supprimer des postes », a ainsi déclaré qu’il faudra « accepter qu’il y ait plus d’élèves par classe là où les enfants vont bien, et moins d’élèves là où ils ne vont pas bien ». « Moi je n’ai pas de problème pour dire que dans les endroits privilégiés on peut être beaucoup par classe. À mon époque, on était quarante et on n’avait pas trop de difficultés. »
François Delapierre, Pierre Laurent et Eric Coquerel
François Hollande, quant à lui, avait déjà précisé qu’il était pour geler le nombre de postes dans l’Éducation nationale à son niveau de 2012, acceptant implicitement les dizaines de milliers de suppressions du quinquennat de Sarkozy.
Les socialistes ne sont pas nécessairement les seuls à se conformer aux critères de bonne gestion fixés par les instances européennes et acceptés par le gouvernement. Le 18 août, Laurence Vichnievsky avait semé le trouble aux journées d’été d’Europe Écologie-Les Verts, dont elle est porte-parole, en estimant dans une tribune à Libération que « la réduction de la dette » obligeait les écologistes à revoir leur projet.
L’ex-juge d’instruction et conseillère régionale en Provence-Alpes-Côte-d’Azur y écrivait notamment que « le retour à l’âge légal de la retraite à 60 ans est une lubie » (voir aussi page 14) ou que « les créations d’emplois publics doivent être gagées par des suppressions de postes ».
La porte-parole d’EELV, qui assure toutefois s’être exprimée en son nom propre, défend la « nécessité à se désendetter pour se libérer du joug des marchés financiers ». Et affirme avoir « reçu le soutien de plusieurs personnalités, comme Daniel Cohn-Bendit, Corinne Lepage et plusieurs socialistes ».


Table ronde d'ouverture du meeting de Grenoble : Pierre Laurent PCF, Martine Billard PG, Christian Picquet GU, Clémentine Autain FASE, Stéphanie Treillet C&A
Cette ligne de « gestion de l’austérité » est fortement contestée par le Front de gauche. « Le discours de la gauche ne peut être la compétition pour mériter le triple AAA de l’austérité, ça ne peut pas être cette incroyable course à l’échalote que vous vous menez les uns les autres pour savoir lequel va être le plus rigoureux et proposer le plus grand nombre de sacrifices », a averti son candidat à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, vendredi, lors d’une visite à l’université d’été du PCF.

« Nous ne sommes pas candidats pour concourir dans le concours de meilleurs gestionnaires de la crise », abonde Pierre Laurent. Pour le secrétaire national du PCF, la bataille électorale doit au contraire être mise à profit pour « proposer des solutions pour sortir de la crise ».
Tout au long du week-end, les dirigeants du Front de gauche ont développé une « logique alternative ». Soutenue par une idée force : « La dette est un prétexte » au service d’un « coup d’État financier ».
En nous assommant avec des chiffres vertigineux, le gouvernement essaie de nous refaire le coup des retraites pour justifier des politiques d’austérité dans tous les domaines, ont-ils expliqué en substance lors du meeting de clôture du Remue-méninges qu’ils tenaient à Grenoble.
Jean-Luc Mélenchon a ainsi répété que rapporter le montant de la dette aux seules richesses produites en une année n’avait aucun sens puisque la durée moyenne des titres de la dette française est de sept ans et trente et un jours. Recalculé sur cette période, le montant total de la dette tombe, selon lui, à 12 % des richesses produites. « Qui ne rêverait pas d’être endetté à hauteur de 12 % de ses revenus ? »

Discours de Jean-Luc Mélenchon
Le Front de gauche veut « rassurer les productifs » plutôt que les marchés, a insisté le candidat en rappelant ses propositions qu’il défendra pour la campagne : un revenu maximum, quatorze tranches d’imposition, l’obligation pour la Banque centrale européenne (BCE) de prêter directement aux États, une taxation des revenus du capital à hauteur de ceux du travail… Tous sujets sur lesquels il réclame un vrai débat avec ses « partenaires de gauche », « qu’il s’agisse de nos camarades du NPA ou de nos camarades socialistes ». Une « offre publique de débat » qui sonne certes comme un défi adressé aux socialistes mais vise surtout à faire de la campagne électorale « un grand temps d’éducation populaire collective ».
Invitant ses auditeurs à ne pas attendre 2012, Jean-Luc Mélenchon les a aussi appelés à se mobiliser pour l’école en cette rentrée, et à se rapprocher de leurs syndicats qui envisagent une journée d’action contre la politique d’austérité, souhaitant « un automne de combat qui permette de commencer à faire reculer le pouvoir ».
Photos de Jean-Yves Boiffier

1 commentaire:

  1. On le sait, Politis écrit tout haut ce que nous pensons tout bas... ;-)
    Ça ne te dispensera pas, camarade Jean-Yves de nous faire un compte-rendu détaillé de ce remue-méninges apparemment si riche en jus de cervelle et autres propositions concrètes. Mais pour ça, on te fait largement confiance !

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