dimanche 13 novembre 2011

Penser l'humain

Assistons-nous à un retour de la pensée et de nos intellectuels dans l'enjeu politique actuel ? C'est en tous cas l'impression que j'ai aujourd'hui. Réveil avec France-Inter et dans l'émission Parenthèse de Laurence Luret, je découvre un philosophe que je ne connaissais pas, Dany-Robert Dufour. Il vient de publier aux éditions Denoël "L'individu qui vient... après le marché"
Dany-Robert Dufour nous dit que la crise actuelle n’est pas seulement économique et financière, mais qu’elle est une vraie crise de civilisation mettant en péril le sens même de l’existence de l’homme. Le libéralisme essaie de mettre les principes de l’économie marchande, qui ont totalement échoué partout, dans la totalité des rapports entre les hommes. C’est un totalitarisme « soft » qui se met en place. Écoutez l’émission, vous y entendrez des propos nouveaux, mais pas surprenants pour toutes celles et ceux qui s’engagent avec le Front de Gauche dans « L’humain d’abord »
Ensuite, c'est Sud-Ouest avec la chronique de Jean-Claude Guillebaud citant Bertolt Brecht avec le titre "Dissolvons les peuples". Il y décrit "... le frisson d'angoisse qui a saisi tous les gouvernements..." à l'annonce du référendum grec. "Un référendum ? Consulter le peuple sur l'acceptation d'un plan européen ? Vous n'y pensez pas !" s'amuse Jean-Claude Guillebaud. C'est la même interrogation que celle qui faisait le sujet du journal 3D de Stéphane Paoli de la semaine dernière "Crise européenne et démocratie" que je vous indiquais dans le post "Cours camarade, le vieux monde est derrière toi" toujours consultable sur ce blog.
Il se passe véritablement quelque chose en ce moment. L'absurdité du système d'économie financiarisée qui s'est établi depuis une trentaine d'années apparaît de plus en plus clairement aux yeux de tous. Mais ce que nous ne commençons à entrevoir est beaucoup plus grave. Le danger aujourd'hui va probablement beaucoup plus loin que ce que imaginons. Je vous renvoie cette fois à un article plus dense et plus long de Lucien Sève dans le Monde Diplomatique de ce mois "Sauver le genre humain, pas seulement la planète" 
Lucien Sève constate que nous sommes parfaitement conscients de l'ampleur de la crise environnementale qu'affronte l'humanité, mais il tire la sonnette d'alarme, car nous n'avons pas réalisé ce qu'il appelle " la cause anthropologique"
Quelques extraits : 
" Pensez-vous que l'humanité aille mal tout autant que notre planète, que soit en vrai péril la dimension civilisée du genre humain, de sorte qu'au souci urgent de sauvegarder la nature - cause écologique - s'impose d'adjoindre au même niveau d'importance celui de sauvegarder l'humanité au sens qualitatif du mot - cause anthropologique? 
/.../ Ne sommes-nous pas à mains égards en chemin vers un monde humainement invivable ? 
/.../ en bref la folie néolibérale, forme maligne du capitalisme tardif. N'est-ce pas une vraie déshumanisation en route ?
/.../ Les forces politiques unies dans le Front de Gauche appellent à dépasser le capitalisme pour pousser bien plus loin l'émancipation humaine.  
/.../ Se demander non sans angoisse où est en train d'aller le genre humain n'est pas disqualifier l'opposition gauche-droite, mais c'est vouloir qu'elle porte sur le sens même de notre avenir civilisé. 
/.../ Aussi urgente que l'écologique, la cause anthropologique est pour l'heure bien trop peu assumée, trop peu pensée, pas même nommée.
/.../ Cette liquidation des valeurs est-elle moins grave que la fonte des glaces polaires ? C'est notre humanité même qui est en jeu : en prend-on l'effrayante mesure ?
/.../ le drame écologique tient tout autant que l'anthropologique au mortel court-termisme du profit maximal. Les deux causes sont indissociables : on ne sauvera pas l'un sans l'autre, environnement et genre humain. Et une écologie qui ne s'en prend pas résolument au système du profit n'a pas d'avenir.
/.../ engagement à tout niveau d'appropriations communes en des formes novatrices d'initiatives et d'organisation - l'heure est ici à l'invention. À ce prix pourra commencer d'être mise en déroute la fatalité du pire"
C'est pour partager ce genre de réflexions que nous organisons les Assemblées Citoyennes, c'est parce que nous sommes conscients de l'importance des enjeux actuels et convaincus que nous pouvons y faire face ensembles que nous vous invitons à nous y rejoindre.
Notre prochain rendez-vous est ce jeudi 17 novembre à 18h30 salle Saintonge. Nous y serons toujours en phase de préparation des Assemblées Citoyennes, vous y êtes les bienvenus pour travailler avec nous.


Jean-Yves Boiffier, co-secrétaire du Comité Saintonge.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire